Rudyard Kipling (1895 - 1936)
"If" de Rudyard Kippling est un poème que mon père m'avait fait découvrir durant mon enfance. Il est l'un des plus beaux textes qu'il m'ait été donné de lire.

L'année dernière, j'ai cherché sur internet les différentes traductions en français de cette œuvre magistrale. J'en ai découvert 6 : celles de André Maurois, Germaine Bernard-Cherchevsky, Jules Castier, Hervé-Thierry Sirvent, Jean-François Bedel et Leslie Tourneville.

Mon père et moi nous avions passé une après midi à essayer de trouver laquelle était la meilleure. Nous avions retenu la plus célèbre celle d'André Maurois qu'il avait faite en 1918. (Cela ne reste qu'une opinion)

Kippling a écrit ce poème à l'attention de son unique fils, John, âgé alors de 13 ans en 1910. Ce dernier meurt lors de son premier assaut, durant l'attaque de Chalk Pit Wood à la bataille de Loos en 1915.  Son corps ne fut pas retrouvé. Jusqu'à sa mort en 1936, Rudyard Kipling procéda à des fouilles dans la région pour retrouver les preuves de sa mort ou la dépouille de son fils. Il inventa l'inscription qui figure sur la tombe des soldats inconnus britanniques : "Known unto God" (Seulement connu de Dieu). En 1991, la tombe du lieutenant John Kipling fut enfin identifiée de manière concluante...

Pour plus d'information lire la suite sur Wikipédia. 

La musique utilisée pour ce diaporama: "Romance De Juegos Prohobidos" est celle de Francisco Tarrega (interprété par Neo Classic) que vous pouvez télécharger sur Musopen.


Si : Tu seras un homme, mon fils - Traduction d'André Maurois (1918)
Dessin de Howard Pyle, 1881
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Dessin de Howard Pyle, 1881
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.