Avec la Coupe du monde 2026 qui débute ce jeudi, Strasbourg doit adapter son espace public pour permettre aux habitants de suivre la compétition. Mais, jusqu’où peut-on aller avec les terrasses, les écrans et la sonorisation ? C’est la question qui agite la ville depuis plusieurs semaines.
Trois semaines de polémiques
Fin mai, la polémique a éclaté.
- 21 mai : Pokaa publie : Coupe du Monde : les écrans géants interdits sur les terrasses des bars de Strasbourg
- 26 mai : les DNA relaient l'information dans un registre « désinfox » en évoquant la note de la ville mentionnée par l'influenceur Ramzy qui enflammait Instagram.
- 7 juin : Rue89 Strasbourg publie des témoignages de cafetiers dans l'attente de réponses de la Ville. L'UMIH 67 a demandé un assouplissement général des réglementations ; selon son directeur Christophe Weber, les échanges avec la municipalité sont suspendus à cette date.
Ce que dit la fameuse note envoyée aux commerçants
Par « communiqué officiel », l'influenceur Ramzy faisait en réalité référence à une note interne diffusée par les services de la Ville aux commerces. Cette note indiquait que les écrans pouvaient être orientés depuis l’intérieur vers les terrasses, mais qu'aucune sonorisation ne serait tolérée sur l'espace public.
Contactée par les DNA, l’adjointe Pernelle Richardot a reconnu que cette note avait été envoyée « sans qu’aucun élu ne l’ait vue ». Elle a précisé qu’il s’agissait d’une habitude héritée de l’ancienne municipalité, où l’administration envoyait directement des directives, tout en rappelant à ce moment-là que « rien n’avait encore été décidé ».
Ce que le règlement dit depuis juillet 2025
Pourtant, ces interdictions ne sont pas nouvelles. Elles figurent dans le règlement des usages du domaine public de la Ville de Strasbourg (version du 8 juillet 2025). L’article 4-3 est clair :
Sauf autorisation exceptionnelle écrite délivrée par la ville, la sonorisation des terrasses, l’installation de téléviseurs ou autre dispositif de vidéoprojection sont interdites sur les terrasses.
Ce règlement est en vigueur depuis un an et prévoit lui-même que toute dérogation doit faire l'objet d'un accord écrit.
Le 5 juin au Conseil municipal
Au conseil municipal du 5 juin, la conseillère municipale de l'opposition, Irène Weiss (LR) interroge la majorité. Elle regrette que les premiers messages donnent « l’impression d’une ville qui interdit avant même d’avoir cherché des solutions ». De plus, elle demande plus de souplesse pour les matchs de l’équipe de France. L'élue a proposé de tester des extensions temporaires de terrasses et la création de « mini fan zones » sur le modèle de villes comme Metz ou Nancy.
Mathieu Cahn, le premier adjoint, affirme que « Strasbourg sera au rendez-vous ». Il annonce que la sonorisation sera autorisée pour les matchs à des horaires raisonnables, « sous réserve de l’accord des autorités préfectorales ». Il a également admis qu’au moment où il a pris ses fonctions, « rien n’avait été anticipé pour cette Coupe du monde » par l'équipe Barseghian. Il a poursuivi en disant qu’ils étaient « partis d’une feuille blanche ». Il a finalement confirmé que la fan zone du stade de la Meinau ne serait pas disponible, car les travaux de rénovation du stade se poursuivent jusqu’à l’été 2026.
Pourquoi la préfecture était prudente
La sonorisation amplifiée sur l’espace public touche à la tranquillité publique. La préfecture y joue un rôle de contrôle, surtout lors d’événements importants. Cette prudence est renforcée par les incidents du 31 mai 2026 à Strasbourg après la finale de Ligue des champions. Mathieu Cahn y avait d'ailleurs fait allusion au conseil du 5 juin, rappelant que ces rassemblements doivent être « préparés avec sérieux et pas dans l'improvisation ».
Des violences ont éclaté place de l’Homme-de-Fer, avec des pillages, des dégradations et des attaques contre les forces de l’ordre. Si la préfecture a qualifié ces faits de « débordements » dans son communiqué, le syndicat Alliance Police Nationale 67 a estimé que les autorités avaient minimisé la gravité des événements en parlant de simples débordements plutôt que de violences urbaines.
Le 9 juin : le dispositif officialisé
Quatre jours plus tard, la Ville publie un communiqué de presse. Le dispositif est le suivant :
- Une Fan Zone au jardin des Deux Rives pour les phases finales de l’équipe de France.
- La sonorisation et les écrans sont autorisés sur les terrasses à titre exceptionnel, mais uniquement pour les matchs commençant à 21 heures au plus tard, en respectant les limites habituelles des terrasses.
- Des contrôles seront effectués par la police municipale.
À noter : l'accord préfectoral mentionné le 5 juin n’apparaît plus du tout dans ce communiqué final. Les mesures sont présentées comme actées, sans que la forme juridique de cette dérogation collective soit précisée.
La limite de 21 heures face au calendrier des Bleus
Le calendrier de la phase de groupes de l'équipe de France prévoit :
- France – Sénégal : mardi 16 juin à 21 h
- France – Irak : lundi 22 juin à 23h
- Norvège – France : vendredi 26 juin à 21 h.
Le match contre l’Irak, qui commence à 23 h, ne pourra donc pas bénéficier de la dérogation sonore. Par ailleurs, la rencontre se terminera aux alentours d'une heure du matin.
Et, les horaires des terrasses elles-mêmes ?
En pratique
Même avec les restrictions sur les terrasses classiques, plusieurs lieux strasbourgeois se sont organisés pour diffuser les matchs avec des écrans géants et de la sonorisation. Certains espaces, comme des friches ou des halls événementiels, qui sont moins contraints par le règlement en vigueur du domaine public, peuvent proposer des installations plus importantes.
La Coupe du monde commence demain. On verra sur le terrain comment le dispositif sera appliqué, entre envie de fête populaire, contrôles policiers renforcés et risques de débordements.
Allez les Bleus !
Remarques de Tomate Joyeuse
Cet article s'inscrit dans mon étude continue sur les terrasses strasbourgeoises 2019-2026. Ces questions dépassent largement la Coupe du monde. Pour protéger l’anonymat des Strasbourgois, l’ensemble des photographies a été produit par l’IA Midjourney (versions v7 et v8).
Je mène depuis plusieurs années une étude sur les terrasses strasbourgeoises autorisées. Maintenant, je vais m'attaquer à un gros paquet : l'évolution de 2019 à 2026. C'est un travail de longue haleine et fastidieux ! Les plans PDF sont accessibles sur le site de l'open data. Ils ont pourtant une petite particularité : ils se téléchargent automatiquement à l'ouverture, ce qui n'arrive pas avec les autres documents de la plateforme, du moins à ma connaissance.
Les données à l'intérieur de ces PDF, essentielles à la compréhension du domaine public, que j'avais demandées à la conseillère municipale Julie Mulot le 28 mai 2026, ne m'ont pas été transmises. La Ville a accusé réception le jour même. Aucune suite à ce jour.
D'autres articles suivront. Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez consulter mes deux derniers articles :
Terrasses à Strasbourg (2019-2026) : Chronique d'une opacité politique :
Strasbourg : Quand l'Open Data bugue, la démocratie locale trinque





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