Voilà plusieurs années que je rédige des articles sur l’occupation du domaine public à Strasbourg à travers des études chiffrées. J’ai récemment signalé un problème important : le certificat de sécurité du serveur hébergeant les données de la ville avait expiré pendant près de six mois, ce qui rendait inaccessibles les PDF, notamment les plans de terrasses et l’affichage légal, sur l’open data.
Le certificat a été renouvelé le 2 juin 2026, ce qui a permis de rétablir l’accès aux documents. Cependant, le problème ne s’est pas arrêté là.
Depuis 2021, on observe une dégradation progressive de la qualité et de l’exploitabilité des données publiées sur les terrasses. Ce qui était présenté comme de l’Open Data est devenu, dans les faits, de plus en plus difficile à utiliser pour un citoyen souhaitant comprendre et analyser l’occupation de l’espace public.
Plongée dans les coulisses d'un Open Data qui bat en retraite
Le grand recul de 2021 sous les écolos : des données rendues volontairement complexes à analyser
L'inaccessibilité des derniers mois n'est que le point d'orgue d'un processus entamé sous la municipalité de Jeanne Barseghian. En juillet 2021, j’ai publié un article intitulé « Terrasses 2021 à Strasbourg ou les cachotteries de l’Open Data ». Dans cet article, je mettais en évidence une série de modifications techniques qui ont rendu l’analyse citoyenne beaucoup plus ardue.
- Le passage au format image jusqu'à la mise à jour du 3 juin 2023 : avant 2021, les plans PDF étaient au format texte. On pouvait y sélectionner une adresse ou copier une surface. Puis, les écologistes ont fait en sorte que les PDF soient en format image, rendant toute extraction de texte impossible sans logiciel spécialisé.
- Le téléchargement forcé : le serveur est configuré pour empêcher l'affichage direct des plans dans le navigateur. Dès qu'on clique, le fichier se télécharge automatiquement sur votre ordinateur.
- La destruction du tri géographique : la séparation claire entre le numéro et le nom de rue a disparu des tableaux de données. Aujourd’hui, il est impossible de trier ou de filtrer proprement les terrasses directement sur le site de l’Open Data.
- L’ordre des colonnes dans les exports Excel varie d’une année à l’autre : comme l’ordre des colonnes dans les fichiers Excel n’est pas le même d’une année sur l’autre, il faut manuellement les réorganiser à chaque exportation pour faire une analyse historique.
Qui a décidé de ces reculs en 2021 ? Quel service ? Quel élu ? Pour quelles raisons ? Malgré mes nombreuses tentatives pour obtenir des réponses, je n’ai rien obtenu d’autre que le silence. On semble vouloir étouffer l’affaire.
Des données historiques réécrites
2026 : une instabilité préoccupante (et récurrente) des données
Plus on avance dans le temps, plus les données deviennent instables. L'analyse du jeu de données « Terrasses autorisées en 2026 » réserve une surprise de taille.
Lors de sa mise à jour le 28 mai 2026, le fichier a été profondément modifié. En pleine saison, 109 terrasses ont purement et simplement disparu du fichier, tandis qu'une seule était ajoutée. En termes de surface, la ville est passée de 20 579 m² à 17 863 m² autorisés. Une évaporation de 2 716 m² de terrasses.
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| Évolution des différentes mises à jour du jeu des terrasses 2026 |
Or, les autorisations d’occupation du domaine public sont accordées pour une durée d’un an.
Étonnamment, il est mentionné que les mises à jour sont désormais trimestrielles. Vous avez bien lu ! Pourquoi cela se produit-il ? Est-ce le résultat d’annulations en masse ? de corrections d’erreurs de saisie par les agents ? d’un réexamen des dossiers ?
Pour moi, qui étudie ces données, le constat est alarmant : il est difficile de comparer les données d'une année à l'autre quand elles bougent en cours d'année, voire sont réécrites plusieurs années après. Comment mener un débat public sérieux sur l'aménagement de la ville avec des données qui mutent en coulisses ?
L'information reste sciemment « enfermée » dans les PDF
Pourquoi s'en prendre aux fichiers PDF ?
Parce que dans les fichiers ouverts et exploitables (CSV, Excel) mis en ligne sur l'Open Data, la mairie se contente de publier le nom de l'enseigne, l'adresse globale et la surface totale.
Or des informations importantes figurent à l'intérieur des PDF :
- les horaires d'ouverture et de fermeture,
- la distinction précise entre les surfaces d'été et les surfaces d'hiver,
- les équipements autorisés (menu, porte-menu),
- les commentaires officiels du dossier.
Grâce à des discussions de longue date, les plans des autorisations ont enfin été intégrés à l'Open Data ces derniers mois, mais uniquement sur le jeu de données 2026. En effet, il y avait un problème juridique majeur. Une ordonnance du tribunal administratif de Strasbourg du 26 août 2020 avait rappelé qu'un plan sans signature de l'autorité compétente ne constitue pas une autorisation administrative valide.
Avancée historique sous la mandature de Catherine Trautmann !
Cependant, une avancée technique (que l'on peut qualifier d'historique au vu de ces dernières années) a été constatée lors de la mise à jour du 3 juin 2026 : les plans du jeu de données 2026 ont enfin été générés au format texte (grâce à un système OCR).
On peut de nouveau y effectuer des copier-coller. Bref, quand on veut, on peut !
Le téléchargement forcé reste néanmoins en place
À ce jour, je n'ai jamais obtenu les données à l'intérieur des PDF malgré mes nombreuses demandes. Je dois donc, pour les analyser, traiter chaque document de manière isolée.
Conclusion : au-delà de la technique, un choix politique
Un certificat informatique qui expire et bloque l'accès pendant six mois, cela peut être une erreur humaine. Mais, des données que l'on rend incopiables durant des années, des outils de tri que l'on supprime, des informations essentielles que l'on enferme dans des images et des historiques que l'on modifie en bloc sans explication : ce ne sont plus des bugs, ce sont des choix techniques délibérés.
La nouvelle équipe municipale qui s'installe à Strasbourg hérite d'un outil Open Data profondément dégradé par ces dernières années. La transparence de l’espace public ne consiste pas à jeter des fichiers instables ou incomplets à la figure des citoyens pour se mettre en conformité sur le papier. Elle impose de nous donner, à nous Strasbourgeois, des données pour nous permettre d'analyser concrètement comment nos politiques dirigent notre ville.
Le chantier informatique est réparé ; le chantier démocratique, lui, reste entier.
Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous invite à lire mon premier article : Strasbourg : Quand l'Open Data bugue, la démocratie locale trinque
Remarques de Tomate Joyeuse
Ce texte s’insère dans une série d'articles traitant de l’évolution des terrasses autorisées de 2019 à 2026. Pour protéger l’anonymat, l’ensemble des photographies a été produit par l’IA Midjourney (versions v7 et v8).
Précision importante : je ne suis membre d'aucun parti politique. Mon travail d'analyse est mené de manière totalement indépendante.
N'hésitez pas à consulter les autres articles concernant Strasbourg sur mon blog.
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